Lorsque le chef d’orchestre Daniel Harding décide d’ouvrir la nouvelle saison de l’Accademia Nazionale di Santa Cecilia avec La Valkyrie de Wagner, un défi majeur s’impose : comment mettre en espace un opéra gigantesque dans un auditorium conçu pour la musique symphonique, sans machinerie, sans gril adapté et avec très peu de capacité d’accroche ? Pour résoudre l’équation, Daniel Harding fait appel au metteur en scène Vincent Huguet, au scénographe Pierre Yovanovitch, et demande à ce que Christophe Forey soit de l’aventure. Un trio artistique chargé de créer une production ambitieuse dans un lieu où tout devait être réinventé. Un espace sans scène… à transformer en théâtre total Le Teatro dell’Auditorium Parco della Musica n’est pas un opéra. C’est une grande salle symphonique, dont l’architecture signée Renzo Piano est pensée pour le confort du public et l’acoustique exceptionnelle, mais pas pour la mise en scène. Pas de cintres, pas de dessous, pas de système d’accroche conçu pour des projecteurs lourds, pas d’entrées de décors monumentaux. Le scénographe Pierre Yovanovitch propose alors une structure en bois qui épouse les volumes du lieu tout en intégrant l’orchestre au centre du dispositif visuel. Une décision forte, qui renverse les codes orchestraux traditionnels. L’orchestre, coeur visuel du drame « Chez Wagner, l’orchestre est le fleuve. Il porte l’histoire, il respire, il raconte. » explique Christophe Forey. Puisque l’orchestre est visible en permanence, la lumière doit l’embrasser, l’intégrer, l’immerger dans l’action dramatique. Christophe assume alors un choix radical : éclairer l’orchestre dans les mêmes couleurs et textures que les chanteurs et le décor. Du bleu / vert nocturne au rouge incandescent, les musiciens deviennent acteurs du récit lumineux. Ce choix nécessite une finesse technique rare, notamment pour les harpistes qui doivent distinguer leurs cordes colorées, même en lumière saturée. Des contraintes techniques inédites L’auditorium offre une acoustique remarquable, mais ses capacités d’accroche sont extrêmement limitées : 75 kg maximum par pont. Un défi pour une production nécessitant un parc de projecteurs motorisés conséquent. Christophe doit composer avec trois impératifs : légèreté, qualité colorimétrique et polyvalence, face à un décor unique où seule la lumière peut transformer les lieux. Les choix de machines de Christophe Forey Face à ces contraintes, Christophe se tourne vers des appareils ROBE réputés pour leur fiabilité, leur qualité de lumière et leur rapport poids/puissance. Les Spiider® : la clé pour l’orchestre Légers et précis, ils deviennent le socle de l’éclairage de l’orchestre. Les iFORTE® : puissance et finesse Le prestataire local n’ayant pas de gamme T1 / T2, il met à disposition des iFORTE®, que Christophe juge essentiels pour leur qualité de blanc et leur puissance, permettant de conserver un impact même dans les couleurs saturées. Créer le feu depuis le sol Pour la scène finale, C.F imagine un espace envahi par les flammes. Sans accroches latérales ou de faces suffisantes, la lumière devait venir du sol. Le dispositif combine Spiider® intégrés au décor, rampes LED spécialement fabriquées et fumée. Le résultat : un feu organique et vibrant qui envahit l’espace. Une écriture lumineuse avant tout Pour Christophe Forey : « La lumière ne sert pas à embellir. Elle raconte. » Avec un décor fixe et un espace atypique, la lumière devient véritablement la narration visuelle de l’oeuvre. Une aventure qui se poursuit Après La Valkyrie, l’équipe poursuivra l’intégralité du cycle du Ring dans les années à venir. Christophe Forey retournera à Rome en 2026 pour Siegfried, puis Le Crépuscule des Dieux. Une voix essentielle pour la création lumière : L’UDS Membre actif de l’Union des Scénographes (UDS), Christophe Forey rappelle l’importance de l’organisation dans la défense des métiers de la lumière : droits d’auteur, conditions de travail, reconnaissance artistique, journées professionnelles, etc. Crédits DIE WALKURE de Richard Wagner Parco della Musica, ROMA Academia Santa Cecilia Direction musicale : Daniel Harding Mise en scène : Vincent Huguet Scénograhie : Pierre Yovanovitch Costumes : Edoardo Russo Lumière : Christophe Forey avec : Jamez McCorkle, Vida Miknevičiūtė, Stephen Milling, Miina-Liisa V.rel., Michael Volle, Okka von der Damerau. Article : Tom MARCHANDIAU, ROBE LIGHTING FRANCE